Le proto-narcissisme de la moule

Image Cet après-midi à la bibliothèque, il y avait face à moi un type lisant, ses yeux habités d’une envie non dissimulable, le livre dont vous venez d’admirer la couverture. Mais, pensai-je, vous travaillez déjà chez Google, monsieur. Activement. Et ce sésame de l’intelligence que vous espérez avoir, vous l’avez – comme nous tous – de façon largement suffisante pour générer suffisamment de données puis les remettre à chaque seconde (je cherchais une équivalence pour la durée seconde à l’adverbe « quotidiennement » ; s’il n’existe pas encore, il faut le fabriquer de toute urgence, d’une urgence qui nous est toute contemporaine) à votre bon seigneur Google. Génial, ce titre de livre. Car c’est précisément notre intelligence que Google siphonne et réinvestit toutes les 0,0001 millisecondes. Prise dans le filet, la moule se demande-t-elle proto-narcissiquement si elle est assez riche en iode pour se mettre au service du chalutier ? Peut-être l’inter-exploitation industrielle des hommes se joue-t-elle toujours ainsi : faire miroiter au plus grand nombre ce qu’il possède déjà, et simultanément (corrélativement, de façon absolument indissociable) lui en confisquer le libre usage. Ainsi l’industrie confisque-t-elle la force de travail en prétendant la permettre. En son sein, les secteurs du tourisme et du divertissement appliquent le même procédé au temps libre, les musées font de même à la culture, la publicité à la communication, le crédit à la propriété, Google à l’intelligence.

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